A l’Est de l’Europe, 500 000 citoyens d’un pays qui n’existe pas habitent un empire qui n’existe plus. La Transnistrie n’a jamais tout à fait quitté l’URSS, depuis qu’en 1990, le bloc communiste s’est effondré.

 

Partout ailleurs, ce pan de l’histoire est relégué à la fiction, télévisé, muséifié, rigidifié, momifié.

Le temps révolu du communisme a le vent en poupe.

Début 2019, l’oeuvre monumentale DAU d’Ilya Khrzhanovsky a reproduit à l’identique un institut de recherche en physique et ses figurants, tout droit sortis de l’URSS. La grande exposition « Rouge » sur l’art soviétique ferme tout juste ses portes au Grand Palais et HBO revisite la catastrophe nucléaire de Tchernobyl dans une mini-série. Les touristes déboursent une centaine d’euros et font la queue pour visiter la centrale en ruine. Ils n’en déboursaient pas moins pour accéder de façon illimitée au monde reconstitué de DAU. 

 La Transnistrie n’est pas une reconstitution. Dans ce pays qui n’existe pas, la faucille et le marteau ornent toujours le drapeau, Lénine n’est pas une vieille relique sous la Place Rouge, il est la fière statue centrale des grandes places transnistriennes.

Son parlement est toujours un « Soviet Suprême ». La Transnistrie revendique son propre président, son drapeau national, son passeport, ses timbres, son armée et même sa propre monnaie, le Rouble transnistrien. 

Elle se considère comme une véritable République, un pays à part entière. Elle n’est cependant reconnue par aucun des États membres de l’Onu, pour qui il ne s’agit que d’une région autonome russophone de la Moldavie.

La Transnistrie est coincée entre deux territoires ennemis. La Moldavie a tenté de l’occuper entre 1991 et 1992 pour contester son indépendance. Depuis, 1500 soldats russes y stationnent de façon permanente, pour le « maintien de la paix ». Et l’Ukraine, au Nord, qui a été envahie en 2014 par la Russie, voit son petit voisin comme une base russe susceptible de la prendre à revers.

 

Des lieux hors du commun y sont les témoins vivants d'un monde perdu. Rien n’est tout à fait à l’abandon. Sous l’oeil d’un gardien de nuit, l’école soviétique paraît avoir été laissée en l’état depuis les derniers cours donnés par les professeurs de l’URSS. Dans le parc d’attraction de l’Amitié des Peuples, une seule attraction rouillée fonctionne toujours. Des livres d’époque attendent toujours leurs lecteurs dans la minuscule librairie de l’ancienne Dom Kulturi, la maison de la culture. Le hall d’attente d’un vieux terminal de bus cache une stolovaya, une cantine communiste, où l’on ne croise jamais personne.

Le passé n’est pas une fiction.

 

Timidement, ils deviennent aujourd’hui un argument touristique pour attirer les aventuriers qui osent traverser les trois checkpoints qui mènent à Tiraspol, capitale de la Transnistrie. 

Avant que tous les sentiers ne soient tracés et qu’on ne vienne s’emparer de son authenticité, j’ai souhaité capter ce qui demeure de ce Temps Retrouvé. 

Le reportage complet est distribué sur le site du collectif

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