Vidéo tournée avec un drone à La Chapelle-des-Fougeretz le 21 décembre 2019.             Crédit : Charlène Flores 

D’où viennent ces gigantesques halos lumineux rose fuchsia, violet indigo ou jaune presque fluo dans le ciel nocturne breton ? 

Visibles à des kilomètres à la ronde, couvrant la pollution lumineuse des villes, ces lumières révèlent des paysages de campagne et des villes endormies de manière quasi surréaliste.  

 

    Ce phénomène est récent en France. Depuis 2015, des maraîchers investissent jusqu’à plusieurs millions d’euros pour s’équiper d’un éclairage LED photosynthétique aux lampes rouges et bleues, réputées accélérer la croissance des plantes et donc la productivité de l’exploitation, toute l’année. 

La Bretagne n’est pas réputée pour sa chaleur et son ensoleillement mais elle est pourtant la première région productrice de tomates en France, le légume-fruit le plus consommé des Français. Savéol, Tomwest, Océane, les grands exploitants de tomates cultivent principalement hors-sol, sous serres chauffées et compensent le peu d’ensoleillement avec cet éclairage artificiel.  

Installé sur plusieurs hectares, ce nouveau système d’éclairage, plus économe en énergie que le classique éclairage à incandescence, est également plus dommageable pour son environnement du fait de la diffusion de sa lumière bien au-delà des serres maraîchères. Visibles depuis le centre des grandes métropoles dont elles sont voisines -Rennes, Brest, Nantes- les halos de lumière artificielle des serres s’étendent jusque dans les jardins des riverains, les fermes attenantes, les villages voisins, sur les routes, dans les champs et les forêts.

 

    Non sans poser question. 

La recherche scientifique indique que cette pollution lumineuse a de sérieuses conséquences sur l’écosystème local exposé à ce rayonnement qui fait imploser le rythme des saisons, du jour et de la nuit : animaux désorientés, oiseaux chantant toute la nuit, baisse de la pollinisation, modification des rapports proies/prédateurs, désynchronisation des rythmes biologiques, décalage des dates de floraison et germination, dormance des végétaux inhibée et exposition accrue aux pollutions et stress hydriques… 

 

L’ensemble des espèces pourraient être touchées, nocturnes, diurnes et même aquatiques. Avec la croissance urbaine, la pollution lumineuse a déjà engendré une nouvelle répartition de certaines espèces sur tout le territoire. La lumière générée par les serres viendrait de fait amplifier le phénomène, dans des zones rurales jusque-là préservées, quand elle ne mènerait pas simplement à des extinctions d’ici quelques années, la pression générée par cette pollution entravant la reproduction et la pollinisation. 

 

Déjà de nombreuses études montrent des corrélations entre la quantité de lumière à laquelle on est exposé la nuit et l'augmentation du nombre de cancers hormono-dépendants (sein, ovaires, prostate). La pollution lumineuse affecterait même directement l’expression de certains gènes. 

A la lueur des ces informations, on peut se demander quel est le coût réel de ces légumes hors-sol et hors-saison que l'on retrouve sur les étalages en France et à l'international. 

 La série complète est distribuée sur le site du collectif           -

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